Le Livre dans la peau
Trésors de relieurs 1800-1850

Un âge d'ors (1800-1850) :
Bauzonnet et la reliure romantique


Matières et méthodes (1500-1800) : l'histoire et les techniques de la reliure du XVIe au XIXe siècle : les matériaux, le vocabulaire du relieur, les types de reliures... Un cabinet d'amateurs : les plus belles bibliothèques de collectionneurs aux XVIIe et XVIIIe siècles : reliures exécutées sur commandes, armoiries, chiffres et blasons... Un âge d'ors (1800-1850) : Bauzonnet et la reliure romantique


Maîtres et Associés

Jean-Georges Purgold (1784-1829)


Chantilly XII-B-54 Le cochon mitré, dialogue entre Scarron et Furetière
[Paris], 1689.

Reliure maroquin violet à décor doré signé Bauzonnet-Purgold.
Chantilly XII-B-54
Purgold, originaire de Darmstadt, fut apprenti chez Bozérian et fonda son atelier après la retraite de ce dernier, en 1810. Il s’installa rue Dauphine, puis Rue Cassette à Paris. A la Restauration l’atelier avait déjà une renommée de sérieux et de qualité. Lesné, relieur et  poète contemporain de cette génération, le qualifie de « prince des relieurs ». Purgold affectionnait les dos plats, rompant ainsi avec la tradition du dos à nerfs du XVIIIe siècle. Comme toute sa génération, Purgold commença par copier la reliure à la Bozérian avant de s’en écarter, expérimentant des ornementations souvent complexes, exécutées au fer, parfois à la plaque au centre des plats. A la fin de son activité, en 1828-1829, il exécuta même des reliures à la cathédrale dans le goût du temps.

À partir de 1820, Purgold reçut comme ouvrier doreur dans son atelier Antoine Bauzonnet, alors âgé de 25 ans et déjà solidement formé par dix années d’apprentissage dans le Jura. Entre 1820 et 1825, Purgold s’associa avec un relieur anglais nommé Hering, mais l’association ne dura pas. Purgold mourut en mars 1829, laissant un atelier en pleine gloire à sa veuve, qui continua l’activité, ainsi qu’à son ouvrier devenu son nouvel associé depuis peu, Antoine Bauzonnet. Grâce à ce dernier, puis à Trautz, époux d’Alexandrine Purgold, l’atelier fondé en 1810 perdura jusque sous la IIIe République.

L’atelier des Simier, Relieurs du Roi


René Simier, son fils Alphonse et son neveu Jean, originaires de la Sarthe, créèrent l’un des ateliers les plus renommés de Paris à la fin du premier Empire. Comme de règle, l’activité était tournée, pour partie, vers une reliure courante, sobre mais d’excellente facture, et pour partie vers des œuvres d’art commandées par les principales fortunes de France. Parmi les commanditaires habituels de l’atelier Simier figurèrent l’Impératrice Marie-Louise, seconde épouse de Napoléon Ier, le Roi Louis XVIII, mais aussi sa belle-fille, la duchesse de Berry, bibliophile de premier ordre. Relieurs officiels du Roi, les Simier eurent l’honneur de relier les volumes placés dans la statue équestre d’Henri IV dressée sur le Pont-Neuf en 1818 pour expier les tueries de la Révolution. Les motifs de l’atelier, d’abord proches du style de l’atelier Bozérian où René Simier fut formé, se distinguèrent rapidement en adoptant des décorations variées.
La perfection technique des reliures issues de l’atelier – qui compta jusqu’à 25 ouvriers – valut plusieurs prix et distinctions aux Simier père, fils, et neveu. Bauzonnet y fut admis comme ouvrier entre 1822 et 1825. L’activité de l’atelier, fondé vers 1800 rue des Bons Enfants puis rue Saint-Honoré, se poursuivit jusque dans les années 1860, avec la même renommée de solidité et d’élégance.

Le préféré de Nodier : Joseph Thouvenin (1791-1834)


Thouvenin fut un artiste de génie et eut une carrière fulgurante. L’influence qu’il eut sur toute sa génération le place en tête des relieurs de son époque. Il connut le succès très jeune : à 25 ans, il était déjà considéré comme le plus grand, comme en témoignent ses nombreux prix aux différentes expositions industrielles et concours artistiques auxquels il participa. Formé dans l'atelier de François Bozérian de 1802 à 1813, il exerça de 1813 à 1834, date de sa mort à 43 ans. Favorisé et recherché par tous les bibliophiles, l'atelier de Thouvenin, situé rue Saint-Jacques, puis passage Dauphine, pouvait recevoir jusqu'à 3000 commandes par an, de France comme de l’étranger. Malgré un personnel nombreux – 16 ouvriers – et l'usage des techniques les plus modernes, les retards de livraison étaient de règle, au point de passer en littérature : Balzac, dans la Grandeur et décadence de César Birotteau, parle de « l'inexact et célèbre artiste Thouvenin ».

A coté des productions sobres mais parfaitement exécutées de son atelier, des demi-reliures qu’il contribua à promouvoir, il eut aussi, à partir de 1829, une production bibliophilique, où le décor, dit « historiciste », veillait à correspondre au contenu de l’ouvrage.  Thouvenin créa ainsi plusieurs types de décors : à la cathédrale exécutée à la plaque ; à la fanfare, dont le nom provient de l'ouvrage Fanfares et courvées abbadesques, pour lequel, en 1829, Thouvenin réalisa pour la première fois ce genre de décor foisonnant, à la demande de Nodier ; aux écussons, etc. Cette production, entre 1830 et 1834, le rendit immensément célèbre au point qu’il déclara : « Je ne date mon existence que depuis 1830 ». Mort prématurément, Thouvenin fut imité, repris, et copié pendant près d’un demi-siècle. Son successeur, Muller, un de ses élèves, mourut en 1836. Koehler, un autre de ses élèves, reprit en partie sa clientèle bibliophile.

19-m-123 19-m-122
RELIURE DE THOUVENIN, 1825-1834

Maroquin brun à grain long, 211x136 mm.
Filets simple et triple dorés, roulette à froid, fleurons d’angle
Décor doré central, à la plaque
Dos à nerfs orné, tranches, chasses et coupes dorées

Gilbert
Œuvres complètes
Paris : Dalibon, 1823
                   
Dole BM 19-M-123-R
RELIURE DE THOUVENIN, 1825-1834

Maroquin brun à grain long, 211x136 mm.
Filets simple et triple dorés, roulette à froid, fleurons d’angle
Décor doré central, à la plaque
Dos à nerfs orné, tranches, chasses et coupes dorées

Gilbert
Œuvres complètes
Paris : Dalibon, 1823
                   
Dole BM 19-M-122-R