Le Livre dans la peau
Trésors de relieurs 1800-1850

Un cabinet d'amateurs : reliures précieuses et commanditaires


Matières et méthodes (1500-1800) : l'histoire et les techniques de la reliure du XVIe au XIXe siècle : les matériaux, le vocabulaire du relieur, les types de reliures... Un cabinet d'amateurs : les plus belles bibliothèques de collectionneurs aux XVIIe et XVIIIe siècles : reliures exécutées sur commandes, armoiries, chiffres et blasons... Un âge d'ors (1800-1850) : Bauzonnet et la reliure romantique

Les collectionneurs aux XVIIe et XVIIIe siècles


Vers 1700, la bibliothèque moyenne d’un noble de province ou d’un bourgeois contient de 5 à 20 livres. Ces derniers ont en majorité un sujet religieux (livres de prière), juridique ou technique (pour les métiers de robe), ou classique (Cicéron, Virgile, César). Sur cet arrière-plan, une collection de cent ou deux cents livres se détache comme une grande bibliothèque, un fonds de  plus de mille titres, une collection exceptionnelle. C’est donc moins le nombre que la richesse intrinsèque des livres qu’il contient qui fixait la valeur d’un fonds de type bibliophilique. Les critères de choix sont surtout la qualité du texte (à une époque où les écrivains antiques tiennent une large part dans les lectures), la beauté des illustrations (gravures en taille douce), et la richesse de la reliure.


C’est dans ce cadre qu’il faut analyser l’émergence de bibliothèques raisonnées, conduites et constituées par les premières fortunes de France ou par les esprits les plus éclairés : ministres, présidents de parlements, princes du sang. Les collections privées, premiers musées de l’histoire, étaient à la fois motivées par une perspective humaniste d’accroissement des connaissances pour soi-même et, parfois, pour les autres (rares encore sont les bibliothèques ouvertes au public), mais aussi par une affirmation du pouvoir et de la puissance de son propriétaire. Une grande bibliothèque témoigne d’un homme important, et c’est un des éléments de prestige qui font la renommée d’une maison, à l’instar de ses demeures, de ses écuries et de sa domesticité.


D’où l’importance d’évoquer sur la reliure elle-même l’appartenance du livre à une maison, à un corps politique, à un rang. C’est la raison d’être des reliures armoriées, qui connurent un développement particulier aux XVIIe et au XVIIIe siècle. Les armes, héritées de l’héraldique médiévale, sont à la fois le symbole du pouvoir et un élément de décor signifiant.

 

Reliures royales et impériales


Le goût des beaux livres toucha la famille royale. A partir du roi Charles V (1364-1380), fondateur de la bibliothèque royale, le pouvoir monarchique tenta de constituer une collection aussi complète que possible tant par des acquisitions que par les nombreux dons que le souverain recevait. A partir de François Ier, le dépôt légal permit d’enrichir considérablement la collection royale.  

Cette bibliothèque royale n’est cependant pas la seule bibliothèque des rois de France. Patrimoine de la couronne ou de ce que l’on appellera plus tard la nation, elle a très vite été distincte des collections à l’usage privé et particulier des membres de la famille royale, collections installées dans les différentes résidences royales puis impériales. Certaines de ces collections ont ensuite fait retour à la Bibliothèque Royale, Impériale ou Nationale, mais, par le hasard de successions complexes, à la suite de ventes de doublons ou du fait de dons, certains de ces volumes se retrouvent aujourd’hui conservés dans des établissements publics de province dans la France entière. Les dons aux couvents constituaient des actes de piété fréquents : à la Révolution, ces livres ont été saisis et nationalisés comme le reste des biens du clergé. Quant aux dons prestigieux faits aux villes et aux corps d’État, ils constituent des actes de propagande du pouvoir.
Au sein de ces collections, certains volumes étaient reliés aux armes de France dans le goût de chaque génération : à la Duseuil pour Louis XIV, semé de chiffres sur maroquin pour la Reine Marie-Thérèse, à la dentelle pour Louis XV, à l’antique (décor à motifs grecs et romains) pour la famille impériale. Armoiries et chiffres sont mis en valeur par la qualité du  maroquin. Du point de vue stylistique, il n’y a guère de différence entre des livres reliés aux armes pour le souverain et ceux reliés pour les bibliophiles de moins haut rang. Ce sont les mêmes ateliers qui travaillent pour l’un et pour les autres.
17-p-941
17-g-16
17-p-959
17-m-114
Reliure XVIIe siècle en maroquin bordeaux aux armes de Marie-Thérèse d’Autriche, femme de Louis XIV, dos à 5 nerfs orné, semé alterné de fleurs de lys et du chiffre de Marie-Thérèse sur les plats, tranches et chasses dorées

L’office de la Semaine sainte selon le messel & bréviaire romain.- Paris : Compagnie des libraires, 1667.
[Dole, 17-P-941-R]
Reliure XVIIe siècle en veau fauve aux armes de Louis XIV. Plats décorés de filets et décors à la roulette avec semé de fleurs de lys, dos à 6 nerfs orné, tranches dorées

Le Pelletier, Gérard.- Palatium reginae eloquentiae. – Paris : N. Buon et C. Sonnii, 1641
[Dole, 17-G-16-R]
Reliure XVIIe siècle en maroquin rouge aux armes de France. Encadrement des plats par un triple filet à l’ancienne, fleur de lys dans les angles, dos à 5 nerfs orné, tranches, chasses et coupes  dorées

Le Gendre, Louis.- Histoire de France contenant le règne des rois des deux premières races. ¨Paris : Guignard, 1700
[Dole, 17-P-959-R]
Reliure XVIIIe siècle en maroquin citron aux armes de la Princesse Sophie, fille de Louis XV qui avait adopté la couleur citron pour ses reliures. Encadrement des plats par un triple filet. Dos à 5 nerfs orné, tranches, chasses et coupes dorées

Raguenet, François (1600-1722).- Histoire d’Olivier Cromwell
[Dole, 17-M-114-R]
19-p-3004 19-p-3005 19-p-3007
Reliure 19e siècle en veau raciné aux armes de Napoléon Ier. Dos orné, encadrement des plats par un filet dent de rat doublé par un décor à la roulette

Villers, Charles-François-Dominique.- Essai sur l’esprit et l’influence de la réformation de Luther.- Paris : Didot, 1808
[Dole, 19-P-3004-R]
Reliure XIXe siècle en maroquin rouge doublé de tabis bleu aux armes de Napoléon Ier. Dos orné, tranches, chasses et coupes dorées, encadrement des plats par un filet doré dent de rat doublé par un décor à la roulette

Etat général des postes et relais de l’Empire français. Paris : Impr Impériale, 1809
[Dole, 19-P-3005]
Reliure XIXe siècle en maroquin rouge aux armes de Maria Laetizia Ramolino Bonaparte, mère de Napoléon Ier, soignée par le médecin dolois Bouvier qui a légué sa bibliothèque à la ville de Dole.

Tissot, Samuel-Auguste-André David (1728-1797).- Œuvres complètes.- Paris : Allut, 1803
[Dole, 19-P-3007-R]